Dans cette fable humaniste, comme aime la raconter Emmanuel Meirieu, deux odyssées se répondent. Celle d’un parapentiste canadien qui migre au milieu des Monarques, ces papillons majestueux, et celle d’un Haïtien, Jean, et d’une Mexicaine, Reina qui souhaitent traverser la frontière. Ces réfugié·e·s vont alors entamer un long et périlleux voyage du Mexique vers les États-Unis sur le dos d’un train de marchandises nommé La Bestia.
La mise en scène spectaculaire et à taille réelle d’Emmanuel Meirieu met en lumière un univers théâtral à la fois profondément humain, sensible et engagé. Un véritable hommage aux personnes exilées, à leur prise de risques et à leur espoir de trouver un ailleurs meilleur et protecteur. Une révérence au vivant et à la nature qui entrent en mouvement pour résister.
À partir de 19h dans le hall de La Faïencerie, les associations Solidarité Sans-papiers, La Ligue des droits de l’Homme et Cent pour un toit présentent leurs actions. Venez les rencontrer !
Résonance cinématographique
Emmanuel Meirieu propose dans le prolongement de ce spectacle, le film Moi, Capitaine de Matteo Garrone (réalisateur de Gomorra).
À voir samedi 14 novembre à 17h.
Bénéficiez du tarif réduit sur présentation de votre billet pour le spectacle Monarques.
Emmanuel Meirieu, auteur – metteur en scène – adaptateur
Né en 1976, Emmanuel Meirieu mène des études de philosophie et de droit. Qu’il travaille avec des interprètes confirmés ou révèle des talents bruts, sa direction d’acteur est unanimement saluée.
Avec notamment De Beaux Lendemains qu’il a présenté aux Bouffes du Nord en 2011, et Mon traître créé au théâtre Vidy-Lausanne en 2013, Les Naufragés présenté dans le cadre des Nuits de Fourvière en juin 2018, il a démontré son talent pour l’adaptation de romans à la scène.
En 2019, aux Gémeaux, Scène National de Sceaux, il crée La Fin de l’Homme Rouge d’après le roman de Svetlana Alexievitch.
En 2022, il écrit et met en scène : Dark was the Night.
"Quand je fais du théâtre, je voudrais que les spectateurs oublient que c’est du théâtre. Je voudrais que, dès les premiers mots prononcés, ils croient que celui qui leur raconte l’histoire est celui qui l’a vraiment vécu. Et qu’ils croient que ses mots là sont prononcés pour la première fois pour eux ce soir. Il n’y a qu’au théâtre que le personnage d’une histoire est physiquement présent devant nous, vivant, dans le même endroit du monde et au même moment, séparé simplement de quelques mètres de nous.
J’ai besoin d’un fait réel, toujours, je ne peux pas raconter de pure fiction. Je crois en la puissance, la densité, la complexité du réel, face à la vacuité et la pauvreté de la fiction, la force du concret plus que celle du fantasme. En Art mes plus grands bouleversements sensuels et spirituels sont venus de documentaires : Werner Herzog, Patricio Guzmán.
Aussi lorsque j’adapte ou que j’écris, je fictionne toujours le moins possible. Je veux être humble face au réel qui m’a inspiré. Pour moi l’écriture, la mise en scène, sont d’abord un travail concret d’immersion, de documentation, d’investigation. Mais je ne cherche pas pour autant à faire le récit exhaustif et complet du fait réel qui aura inspiré le spectacle, parce que cela doit devenir personnel, je veux vous donner à voir l’évènement à travers mes yeux. J‘ai quelque chose de personnel à vous dire à travers l’histoire vraie que j’ai choisi de vous raconter : l’humilité face au vivant, la nécessité du soin perpétuel, la volonté de réparation, l’innocence martyrisée.
Je commence toujours par me poser la question, celle qui précède à tout, au théâtre, au cinéma, dans tous nos récits : qui allons-nous célébrer ? De qui ferons-nous nos héros ?
A la télévision, au cinéma, au théâtre, comme sur l’espace public, et dans nos livres d’histoires, je crois que nous vivons au milieu de récits, de modèles, de figures et d’icônes toxiques, et qui agissent profondément sur nous, comme un empoissonnement lent de l’âme humaine, une intoxication indolore.
Aux tout puissants, aux voraces, super-héros, super-stars, généraux d’empires, aux mégalomaniaques de tous les genres dont on fait nos champions, je préfère toujours les discrets, les patients, ceux qui, secrètement, minutieusement, et dans le silence de l’histoire, prennent soin de tout. Et les martyrs, les oubliés, les fracassés, ceux que la Grande Histoire comme l’actualité effacent.
Et du fait brut, ou historique, documentaire, je voudrais toujours faire, à la fin, au plateau, poésie et parabole.
Le rêve au théâtre pour moi, c’est ce mélange de concret et poésie. La poésie sans concret me semble être juste décorative, et le concret sans poésie, brut, froid, me désespère dans mes combats. "
Emmanuel Meirieu est artiste associé à la MC2, Scène Nationale de Grenoble, et au Centre Dramatique National de Lorient.