À l’aube de leur vie d’adulte, Abel et Balkis vivent une grande histoire d’amour. Dans le feu de la jeunesse, le couple croit que leur amour peut les sauver d’eux-mêmes, de leurs propres histoires et des fantômes du passé. Une nuit, tout bascule. Au Maroc, la terre tremble et cette fissure impacte Balkis jusque dans son être. Au matin, elle a disparu et Abel n’a plus de nouvelles. Après un long silence, elle lui répond en arabe. Il ne la comprend plus. La fracture s’est immiscée entre eux.
Entourés de drapés, les interprètes racontent, dansent et slament cette idylle accompagnée par un musicien. Cette écriture en français et en arabe vient répondre à la rage de cette dualité cloisonnante et déformante au sein de laquelle le métissage ne peut prendre place.
Sarah M. confie à Hayet Darwich, Maxime Lévêque et Osam une partition vibrante et poignante sur le thème de la double absence, la poésie flamboyante soutenant l’acuité sociologique.– La Terrasse
La compagnie Beïna – Sarah M.
La compagnie Beïna, dirigée par Sarah M., est un espace de recherches et d’aventures nourri par l’écriture, l’Histoire, les histoires et le jeu.
Beïna – بين – signifie « entre » en arabe. Dans les deux langues, cette préposition désigne un intervalle, dans l’espace ou dans le temps, qui sépare (des lieux, des époques, des personnes).
Pour beaucoup c’est dans cet « entre » que nous nous construisons : entre des pays, entre des langues, entre des cultures, entre des définitions… Cet intervalle, cet « entre », pourrait être représenté par un fil tendu de part et d’autre d’une frontière sur lequel, dans un difficile numéro d’équilibriste, nous essaierions de marcher.
Et si cet intervalle, loin de se matérialiser dans l’inconfort et la rigidité d’une corde, était un lieu pleinement habitable en perpétuel mouvement ? Un lieu non géographique où tourneraient en spirale des histoires désireuses d’être dites, transmises, écrites et célébrées.
C’est de ce sentiment que sont nés les premiers spectacles : Du sable & des Playmobil® – Fragment d’une guerre d’Algérie (2018), Notre sang n’a pas l’odeur du jasmin (2020), Amnesia (2023) et Iqtibās (2025).
Ces créations s’articulent autour de fictions écrites à partir d’enquêtes, d’archives et d’entretiens de part et d’autre de la Méditerranée. Elles privilégient le temps long de la recherche, indissociable d’une aventure humaine et d’un déplacement sans lesquels le théâtre que nous cherchons ne peut advenir.
La compagnie Beïna est accompagnée par le Bureau des Filles depuis septembre 2022.